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Le Processus de création

Une œuvre rendue visible est l’aboutissement d’un processus complexe, d’un enchainement non logique d’innombrables étapes et de séquences non reproductibles (il ne s’agit pas d’une recette). Ce processus engage à la fois des temporalités, des supports, des matières, des outils, des enjeux, des urgences, des préoccupations humaines, des affects, des faits historiques, politiques, sociaux, une économie, des relations et dans tous les cas un.e régisseur.euse au milieu de tout ça : vous.
Nous avons découpé le processus de création en 3 phases bien distinctes :
– la recherche
– la création
– la production
Il est important de poser des mots sur ce qu’on fait car ils permettent de repousser les limites, et cela n’empêche personne d’aménager des parts de création au sein de la recherche ou des tentatives de production dans la création.

La phase de recherche

La recherche a un but : trouver. Trouver quoi et quand, cela dépend de celui ou celle qui cherche. Le comment trouver détermine sans doute aussi ce qu’on trouve : avec d’autres outils ou d’autres méthodes, d’autres découvertes. Puis enfin le territoire de recherche a son importance, de même que les collaborateur.ice.s avec lesquelles on cherche car nos façons de voir ne sont pas identiques.

La dynamique de la recherche tient à la fois de l’exploration, de la dérive et de l’errance. On part en exploration avec une intention revendiquée, une thèse que la mission validera ou pas, en chemin il est probable de trouver autre chose, un continent par exemple auquel on ne s’attendait pas. La dérive n’est plus une exploration, elle est dirigée par des forces extérieures, les courants (tangibles ou non), les attractions, les intérêts. Il est possible de trouver quelque chose lorsqu’on dérive mais ce qu’on trouve a souvent été apporté par le même courant. Enfin l’errance n’a pas d’autre but qu’elle même, ni courant porteur ni objectif précis. Le hasard du déplacement appelle appelle une extrême attention pour saisir ce qui pourrait passer à portée de main. Une recherche en art pourrait être une exploration avec des moments de dérive et d’errance plus ou moins provoqués ou désirés.
Une recherche uniquement développée sur une dynamique d’errance (sans hypothèses de recherche) a tendance à produire des pièces démonstrative, peu profondes et non singulières.

Recherche fondamentale et recherche appliquée. Sur le modèle de la science nous pouvons aussi parler de recherche fondamentale en art lorsqu’on cherche dans une direction sans destination précise, c’est à dire dans une thématique définie ou à avec dec matériaux, des techniques sans s’attendre à trouver quoi que ce soit. La recherche appliquée se déploie et s’organise autour d’une problématique précise et tente de trouver une solution. L’une et l’autre ont besoin d’une base pour se développer : une hypothèse de recherche qui va structurer le travail sans le limiter.

Quelques types de recherche : documentaire, iconographique, formelle, textuelle, historique, etc. Ne pas confondre le type de recherche avec le comment chercher : collecter, cartographier, inventorier, sectoriser, etc.

Quoi qu’il arrive dans la phase de recherche il est important de le noter, d’en conserver une trace, de documenter ses recherches, ses méthodes car ces éléments de recherche peuvent être montrés au public pour qu’il accède au processus de création. C’est ce que nous appelons les formes plastiques de la recherche.

Il n’y a quasiment aucune chance pour que d’une recherche émerge une œuvre, de façon directe et brute, sans passer par la phase de création, même dans le cas d’un ready-made. Soit ce que vous avez trouvé était déjà là (puisque vous l’avez trouvé) et dans ce cas vous allez devoir le montrer autrement que dans sa modalité d’apparition c’est à dire lui apporter votre décalage singulier que vous travaillerez dans la phase de création, soit ce que vous avez trouvé est une relation qui vous apparait à vous seul.e et que vous allez devoir mettre en évidence de la meilleure façon au cours de la phase de création. De la recherche peut apparaitre une « idée », une évidence, un aspect inattendu, une connexion nouvelle et c’est à partir de l’intuition d’un enjeu – qui résonne avec votre position artistique – que commence la phase de création.

La phase de création

Votre recherche est documentée, vous avez l’intuition que quelque chose d’important se joue à travers l’objet (au sens large) que vous avez identifié. Commence la phase de création. Elle a pour objet ni la recherche ni la production d’une œuvre mais elle doit permettre de mettre à l’épreuve votre intuition pour dégager quelques pistes qui résonnent avec votre position artistique. Au cours de cette phase il va vous falloir n’écarter aucune piste, de la plus évidente à la plus obscure. C’est une phase de combinaisons, de mise en relation d’éléments (plastiques ou conceptuels). A partir d’un faisceau de potentialités comportant d’innombrables pistes (œuvres potentielles) tout doit être éprouvé pour finalement ne conserver que 2 ou 3 pistes de création, desquelles l’œuvre sera développée.

Il ne s’agit pas de dresser un inventaire de tout ce qui est possible de réaliser et de choisir à la fin une œuvre qui serait la plus forte. Cette phase de création est orientée selon un seul axe : votre position artistique. Chaque nouvelle piste doit servir, enrichir, compléter votre point de vue situé. Pour cela il est impératif de connaitre ce cap, cet axe d’orientation qui dirige tout votre travail quels que soient les médium, les thématiques abordées, les sujets traités, les territoires, etc. voir l’article texte de démarche artistique

Cette phase de création commence par poser par écrit (texte et/ou dessin) de façon plus ou moins claire ce qui vous a semblé évident lors de la recherche, cette rencontre fortuite avec un ensemble d’éléments qui a fait surgir cette « idée » en vous. En général lorsque cela se produit l' »idée » prend la forme de l’œuvre achevée en pensée, une vision de ce qu’il faut créer. La phase de création va déplier ce qu’il y a entre ce moment particulier de la recherche et votre projection (la vision de l’œuvre achevée).

Étape 1 : pendre le temps de noter, dessiner, enregistrer, décrire votre vision, la fixer pour ne plus qu’elle vous préoccupe. Elle n’est pas jetée, elle est simplement archivée pour pouvoir y revenir plus tard.
Cette projection s’est imposée à vous, elle a surgit dans votre esprit, véhiculée par votre sensibilité, dirigée par votre intuition. Mais elle peut être le fruit d’une association de votre cerveau entre votre recherche et un objet que vous avez mémorisé sans qu’il vous marque consciemment. Cet objet (ré)apparait parce qu’il est pertinent à ce moment là. Ce qui nous intéresse ce n’est pas de produire cet objet mais de comprendre les raisons de (ré)apparition de cet objet. S’il s’est imposé c’est parce que votre esprit sensible l’avait en mémoire et que quelque chose comme un déclencheur dans la recherche que vous meniez a permis sa (ré)apparition. Cet objet est donc intéressant non pas pour lui-même mais parce qu’il véhicule (dans son usage, ses valeurs, sa symbolique, ses références, sa forme, etc) quelque chose d’essentiel pour vous.
Si cet objet qui s’impose avec tellement de force est simplement illustratif, démonstratif, pédagogique, il est probable que ce soit une piste non exploitable dans le champ de l’art contemporain.

Étape 2 : A partir de cette première « idée », écrire ce qui est en jeu dans votre recherche et que votre projection a permis d’éclairer, d’enrichir. Votre position parce qu’elle est située vient préciser et affiner votre hypothèse de recherche. Ces quelques lignes résonnent avec votre texte de démarche, elles dévoilent de nouvelles articulations.

Étape 3 : Imaginer des alternatives à la première projection, à la première idée, sans limiter les médium, les techniques, les approches, en veillant à ne pas illustrer car il ne s’agit pas de démonstration mais d’ajouter une part singulière et garder le cap tout en vérifiant pour chaque proposition que l’œuvre potentielle sera bien au service de votre enjeu.
Si de nouvelles idées apparaissent, hors de votre propos principal, notez les pour le reprendre lors d’une prochaine phase de création et poursuivez votre cap.

Étape 4 : faire de allers-retour entre la recherche et la création pour repositioner l’hypothèse, préciser les axes, etc. puis sélectionner les pistes de création les plus pertinentes conceptuellement, réalisable avec votre économie, transportables et installable facilement, etc.

En fin de phase de création vous devriez avoir 2 ou 3 pistes très pertinentes parmi lesquelles vous allez devoir générer une œuvre, parfois combinant 2 pistes, parfois en écartant celles qui sont moins fortes. A ce stade l’ancrage conceptuel est validé, la pièce a venir à sa place dans votre corpus d’œuvres, elle semble a priori réalisable malgré la partie technique à mettre en place dans la phase de production.

La phase de production

Les pistes de création ont permis de déterminer une œuvre potentielle, il est temps de passer à la concrétisation : les matériaux, les techniques, les modalités de monstration, de transport et d’installation.
La pièce n’est pas encore là et les étapes de production peuvent laisser apparaitre des surprises, la mise en forme de la matière n’étant pas complètement maitrisée, il reste une part de création dans cette phase de production, c’est à dire que certains choix en lien avec le sens de la pièce peuvent intervenir dans cette phase.
C’est la phase des devis, des solutions techniques, des tests de solidité, des assemblages, des questions liés au montage, au transport, etc.


L’achèvement

Lorsque la pièce est terminée, il reste à s’occuper de ce qui l’entoure :

• Cadre, socle (ou pas)
• Caisse de transport et de conservation (rudimentaire ou plus élaborée)
• Certificat d’authenticité (voir l’article)
• Fiche d’œuvre (montage, maintenance, recommandations d’accrochage)
• Prises de vues (catalogue et dossier artistiques)
• Rédaction du cartel (dimensions, date, techniques, etc.)
• Rédaction de l’enjeu (intention propre en lien avec la démarche)